Quand on est rentré dans les études de santé, on pensait pouvoir soigner, aider, être à l’écoute, la réalité est tout autre… Ce système nous empêche de le faire correctement…
Le système de santé est au bord de l’implosion…. Nous ne pouvons plus continuer dans cette voie …. Bien trop de décennies de négligence, de manque d’investissement dans notre système qui nous est si cher à toutes et à tous, aussi bien les patients que les soignants.
Et les premières victimes de ce système sont les patients.
Travailler 60-80h par semaine à l’hôpital, ce n’est plus possible…
Être épuisé, commencer sa garde à 8-9h du matin, terminer le lendemain matin, sans avoir parfois pu fermer l’œil, travailler sans relâche toute la nuit… comment se dire que l’on travaille efficacement à 4-5-6h du matin après toute la fatigue accumulée, sans faire d’erreur…
Voudriez vous être opérés par un médecin n’ayant pas dormi pendant 22h ? (Une étude a montré que ne pas dormir pendant 24h équivaut à avoir 0,8 g/l d’alcool dans le sang)

pourquoidocteur.frNous sommes humains et non des machines… La pression est permanente, peur de faire des erreurs de prescriptions, d’avoir raté un diagnostic, toujours devoir faire vite et bien, mais avec si peu de moyens …
Toutes les conditions sont réunies pour favoriser l’erreur et mettre en danger la vie des patients … De nos patients… Nos patients que l’on aimerait soigner bien, avec humanité et dignité… Ce que l’on ne peut malheureusement pas toujours leur offrir et de moins en moins ….
Est ce digne qu’une personne âgée attende une demi heure sur le bassin faute de personnel pour s’occuper d’elle ?
Est ce que digne de laisser des personnes sur des brancards pendant des heures ?
On aimerait les soigner avec toute l’humanité possible, avoir le temps d’expliquer en détails les examens, rassurer le patient, être à l’écoute, malheureusement, lorsqu’il y a trop de patients qui s’accumulent aux urgences, trop d’urgence à gérer, nous n’avons pas le temps…. Est ce digne d’être coupé 4 fois par le téléphone de garde en moins de 15min alors que l’on est entrain de discuter et d’essayer de rassurer le patient ?
On passe notre temps à dire que l’on est désolé de l’attente, qu’on arrive mais qu’on a une urgence avant etc etc ….et on est impuissant face à cette situation ….

On doit se battre et négocier parfois à plusieurs reprises pour avoir un examen scanner ou une IRM pour nos patients…
Il manque toujours des lits … On doit également se battre pour avoir des lits d’aval, pour hospitaliser les patients qui en ont besoin, on multiplie les appels dans les services de l’hôpital et dans d’autres hôpitaux, pour tenter de trouver une place disponible …. N’importe quelle place, et ce même dans un service inadapté à la pathologie du patient, ce que l’on appelle un lit « d’hébergement ».

Ce système forme des soignants malades, épuisés, avec des conflits de valeurs, devenant des machines, en perte de leur humanité.
Et qui plus est, la formation médicale n’est pas à la hauteur des enjeux…
Encore trop de stages « paperasses »… Les stages pendant notre externat sont censés nous apprendre la médecine, nous former à être interne, le « contrat » devrait être d’aider les internes/chefs, mais en échange d’un apprentissage de la médecine, d’un vrai compagnonnage, or ce n’est souvent/parfois pas le cas …. Notre devoir est d’appeler pour prendre des rendez vous, envoyer des demandes d’examens complémentaires, brancarder des patients, remplir des trajectoires… Et faute de temps et/ou de pédagogie, nous ne recevons pas de réels enseignements pratiques, on voit les patients seuls sans toujours débriefer avec les internes/chefs, on essaie d’apprendre à tâtons en voyant des patients … mais il ne faut pas oublier que c’est nous les médecins de demain, que c’est donc dangereux de ne pas bien former les étudiants qui, arrivés internes, auront brutalement beaucoup de responsabilités, la vie des patients entre les mains …. Certes il y a les chefs qui aident les internes mais dans certains services, ils sont livrés à eux-mêmes.
Bien sûr, c’est loin d’être une généralité, il y aussi beaucoup de stages où l’on apprend beaucoup, mais il n’y en a pas assez.
En conclusion, ni la formation, ni les conditions de travail ne nous permettent de soigner efficacement et dignement nos patients …
En sortant de notre journée de travail, comment être fier de ce que l’on fait quand on n’a pas l’impression d’avoir fait notre boulot correctement…