Lettre d’amour à l’hôpital public

Je déclare ma flamme à l’hôpital public.
J’aime l’hôpital public, ce pourquoi il a été créé et non ce qu’il est entrain de devenir.
J’aime l’hôpital public car il soigne tout le monde, quelque soit son milieu social, ses origines, petits et grands.
J’aime l’hôpital parce que c’est là où j’ai pu voir des femmes et hommes être soigné.e.s, guéri.e.s après plusieurs jours, semaines d’hospitalisation. Où j’ai pu écouter, discuter avec eux, entendre leur doute, leur souffrance mais aussi voir leur sourire, leur joie, leur soulagement.
J’aime l’hôpital parce que c’est aussi là où on se forme, où tous les étudiants en santé sont formés.

Mais l’état de santé de l’hôpital public m’inquiète profondément. Il était déjà préoccupant il y a plusieurs années, lorsque j’ai commencé mes stages (à mi-temps), je voyais déjà des failles. A présent, c’est au quotidien que l’on voit ça, la détresse des patients et des soignants.

Je n’aime pas faire attendre les patients, je n’aime pas être coupée sans cesse par la sonnerie du DECT lorsque je suis en consultation avec un.e patient.e.
Je déteste voir ces hommes, ces femmes, ces enfants souffrir en salle d’attente. Je déteste regarder les patient.e.s dans les yeux pour leur dire que je suis désolée mais qu’il va falloir encore attendre plusieurs heures sur ce brancard inconfortable, j’ai honte.
Je déteste devoir faire vite, toujours plus vite, enchaîner les actes sans avoir le temps de bien prendre le temps de discuter convenablement parce que d’autres patients urgents attendent.

Je déteste voir mes collègues submergés, épuisés, en souffrance.

Je déteste entendre que tel.le patient.e sera opéré.e « en urgence » de sa fracture alors qu’en réalité, il/elle le sera dans 10 J faute de places. Je déteste voir des patients à jeun toute la journée, depuis minuit parce qu’il était prévu de l’opérer le matin tôt et finalement ne le sera que le lendemain voire après, faute de places, ou de matériels.
Je déteste voir que des enfants doivent être transférés dans une autre région faute de places en réanimation.
Je déteste voir que la vie des patient.e.s est mise en danger par ce manque d’investissement.

Je déteste voir les burn-outs des soignants et les suicides se multiplier

Je déteste voir que de jeunes chefs de clinique que je connaissais externe, sont à présent déjà épuisés, n’ont plus autant la passion qu’avant, que la fatigue se ressent sur leur visage.
Je déteste voir que des collègues internes sont non encadrés, livrés à eux-mêmes, dans des situations difficiles y compris leur première annonce de décès. 
Je déteste voir les infirmier.e.s et aides-soignant.e.s se plier en 4 pour s’occuper seul.e.s de 20 patient.e.s.
Je déteste voir les soignants sortir de leur longue journée avec le coeur lourd, parce qu’ils n’ont pas pu faire tout ce qu’ils voulaient, avec autant d’humanité qu’ils souhaitaient, en conflit de valeurs permanent.

Alors voilà, je ne demande pas de faire des miracles, je demande des moyens suffisants (: des lits, et un recrutement suffisant de personnel hospitalier) pour que nous puissions soigner avec dignité, passion, humanité. 💔le minimum

Nous sommes tous concernés par cette crise, patients et soignants, il faut agir maintenant pour sauver l’hôpital public, pour que nos proches, nos enfants et nous- mêmes puissent encore être soignés par l’hôpital public.

Quand est-ce que nos cris de détresse seront entendus et que des actions suffisantes seront mises en place ?
 

Un commentaire sur “Lettre d’amour à l’hôpital public

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer