COVID19 : Bilan, système D, colère et tristesse

I.Commençons par décrire la situation dans les hôpitaux :

1°) Matériel de protection

– toujours pénurie de masques chirurgicaux et FFP2 (qui plus est, sont périmés ! Dont les élastiques risquent de lâcher) (heureusement que nous avons reçu des dons de certaines entreprises). Rationnement de masques, 2 par jour. (Un masque chirurgical étant efficace durant 3-4h maximum…)

–  pénurie de surblouses (dans plusieurs hôpitaux, des sacs poubelles sont utilisés, cf https://youtu.be/lQcen0vb2m0)

– pénurie de charlottes (on peut en demander à des cantines, pâtisseries etc…)

– pénurie de surchaussures (sacs poubelles de petite taille)

– pénurie de lunettes (lunettes de bricolage, ou visière de protection)

– pénurie de gants (gants de ménage)

– pénurie de SHA (solution hydro-alcoolique) (fort heureusement, les pharmaciens de l’hôpital en fabriquent eux-mêmes + dons de certaines entreprises)

2°) Tests : Il faut attendre parfois 24h pour avoir le résultat s’il n’est pas disponible à l’hôpital (prélèvement envoyé dans un autre hôpital)

L’accès des tests est restreint par manque de réactifs et d’écouvillons (coton-tige). Seules les personnes ayant des symptômes graves, ont le droit d’être testées.

De nombreux soignants n’ont pas pu être testés car ils n’avaient pas de symptômes sévères, et ils sont contraints de continuer d’aller travailler avec un masque chirurgical. Le risque de contamination de patients et de collègues est important malgré les précautions, et d’autant plus que le matériel de protection manque….

3°) Respirateurs : on pousse les murs, on fait ce qu’on peut pour ouvrir des places, trouver des lits, du personnel, mais sans matériel, sans respirateurs, ce n’est pas possible….

Le nombre de respirateurs est limité.

4°) médicaments : hypnotiques, sédatifs, curares, antibiotiques. La pénurie commence à se faire sentir… on remplace un médicament par un autre, même s’il est moins adapté, on fait avec ce qu’on a

5°) Pousses-seringues électriques (on peut utiliser les dosiflows, dialaflows)

II. En ville, les soignants ont encore moins de matériel de protection : 

– les médecins de ville, et les IDE ont droit à 18 masques chirurgicaux ou FFP2 par semaine

– les pharmaciens ont droit à 18 masques chirurgicaux par semaine

– Les kinés ont le droit à 6 masques chirurgicaux ou FFP2

– et les sages-femmes ont le droit à 6 masques chirurgicaux par semaine

A part les masques qui arrivent au compte-goutte, ils n’ont quasiment rien d’autre, même pas de SHA.

III. Montée de la méfiance

Ces derniers temps, on a vu de nombreux mots écrits par des voisins, à des soignants, leur exhortant de quitter leur logement ou de se garer plus loin, par peur qu’ils aient le covid19. Si les soignants ne peuvent même plus dormir chez eux après des journées et nuits exténuantes….

IV. Individualisme

Comme dans tout temps de crise, le repli sur soi malheureusement, l’individualisme s’accentue… Quand on voit les vols de masques, de SHA, dans les hôpitaux, entre pays, entre services. Certains en profitent même pour faire du bénéfice…. revente de masques, augmentation vertigineuse des prix, vols de respirateurs …

Or, en ces temps de crise, seule la solidarité gagnera, nous permettra de surmonter cette épreuve.

V. Racisme

Ces 2 derniers jours, on a vu 2 séquences choquantes, racistes, irrespectueuses :

https://www.youtube.com/watch?v=RKkryblBfuA : Jean Paul Mira, qui suggère de tester les vaccins en Afrique

https://www.youtube.com/watch?v=ybmi87m6Ndw : Emmanuel Lechypre s’est permis une remarque raciste et irrespectueuse lors de l’hommage rendu aux victimes du covid19 en Chine

D’autres nombreux propos racistes se multiplient ces derniers mois.

VI. D’autres propos scandaleux

https://www.youtube.com/watch?v=vckuX1fF5PM : Lallement, le préfet affirme que ceux qui sont aujourd’hui hospitalisés en réanimation sont ceux qui n’ont pas respecté le confinement.

C’est honteux de dire cela, il faut arrêter cette méthode punitive, c’est immonde.

Beaucoup de personnes sont obligées de travailler. Si on avait des moyens de protection, on n’en serait pas là. Rejeter la faute sur la population, c’est tellement simple. Culpabiliser les personnes et proches de personnes atteintes dans un état grave voire décédées, c’est inadmissible.

VII. Sentiments personnels

Je ne suis pas prête pour ça… pour affronter les multiples décès. Pour affronter les choix difficiles que l’on aura à faire, choisir entre 2 voire plus de patients, faute de places. Laisser rentrer des personnes dans un état « limite », qui en temps normal, seraient hospitalisées pour surveillance mais qui doivent rentrer faute de places. Je ne veux pas que l’on maltraite à cause du manque de matériel de base. De médicaments. Un grand sentiment d’impuissance et de culpabilité…

On va perdre beaucoup de soignants après cette catastrophe sanitaire…. Flambée des burn-outs, troubles anxieux, dépressions, syndromes de stress post-traumatique, soignants décédés car contaminés, et soignants qui ne peuvent plus exercer ce métier dans de telles conditions. On a une idée de ce qu’est notre métier mais la réalité est tout autre.. pieds et poings liés par le manque de moyens. L’adrénaline nous fait tenir pour le moment, mais l’après sera très dur… Sortir de cette épidémie, le cœur brisé, amoché de toute part.

Cette situation me désole… Il y a encore un peu près un mois et demi, nous manifestions pour sauver l’hôpital public et déclarer notre amour pour lui. J’avais écrit une lettre à ce sujet : https://blogmedical.health.blog/2020/02/09/lettre-damour-a-lhopital-public/

A présent, c’est un coup de tonnerre, un ouragan qui détruit tant de vies sur son passage, qui fissure un peu plus les murs de l’hôpital déjà si fragiles…

Mais nous devons tenir, nous devons nous serrer les coudes, nous devons faire preuve de solidarité.

Nous nous adaptons. Nous n’avons pas le choix. Système D pour le matériel.

Une grande réorganisation de tous les hôpitaux s’est engagée il y a 3 semaines. Les services se vident et se transforment en unité COVID, les urgences « trient » les patients en suspicion de COVID ou non, afin de les séparer dans deux zones différentes. Des tentes sont installées pour l’attente de résultat de COVID en post urgence immédiat. Les services de réanimation poussent les murs, accueillent parfois 2 patients par chambre au lieu d’un seul. Les salles de réveil et les blocs opératoires sont transformées en services de réanimation. Tout le personnel soignant est mobilisé : les retraités, les personnes en vacances, celles qui ont pris des disponibilités, etc… Des collègues d’autres villes viennent aider. Les soignants d’autres services viennent aussi aider, même si ce n’est pas de leur domaine de compétences, mais on s’adapte, on apprend, on s’entraide.

Nous devons surmonter cette catastrophe sanitaire ensemble.

Il y aura énormément de conclusions à tirer de tout cela, de cette gestion de la crise, de la délocalisation de toute la fabrication, de nombreux changements devront être réalisés ! Plus jamais ça!

Et un dernier message : restez chez vous svp

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