Plus de 20 ans que je subis ça… Avec des périodes de répit plus ou moins longues.
Et la majorité des personnes asiatiques a vécu la même histoire….
Quand j’étais toute petite, je souriais souvent, j’avais la joie de vivre, mais ce sourire est parti vers l’âge de 6 ans, quand le harcèlement scolaire a commencé…
« Chintoque » c’était le nom qu’une partie des élèves me donnait. A la récréation, et en sortant de l’école, le racisme me suivait. Quand je sortais de chez moi, il y avait sur le trajet, au moins une remarque raciste, un « chintoque ». Des personnes, des adultes, ou bien des enfants qui ne me connaissaient pas et qui dès le plus jeune âge, nous pointaient du doigt en disant « chintoque » comme si on était des extraterrestres…
J’ai développé une phobie sociale, je sortais uniquement pour aller en cours, et pour aller faire les courses ou aller à la boulangerie. Rien qu’à l’idée de sortir, cela me donnait la boule au ventre. J’avais tellement peur du regard des autres. Je m’isolais de plus en plus, j’avais des idées noires dès le CP, je ne me sentais pas à ma place dans ce monde. Je voulais juste être une personne « normale », comme les autres, me fondre dans la masse, ne pas être considérée comme étrangère, ne pas être constamment renvoyée à mes origines, ce qui m’a malheureusement conduite à m’éloigner de ma culture chinoise….
Et le seul et unique moyen de m’en sortir, de donner du sens à ma vie, de me sentir exister, c’était de travailler à fond pour réussir dans la vie. Tout au long de ma scolarité, j’ai bossé pour être la meilleure, je ne partais pas en vacances sauf exception, j’avançais dans le programme l’été. Je n’ai jamais été plus intelligente que les autres, loin de là, mais je sacrifiais ma vie, ma jeunesse, au travail…
Étant dans un collège et lycée d’un autre secteur, ça m’a permis de m’éloigner de ce racisme.
Puis j’ai commencé médecine, je n’ai pas subi de racisme en tant que tel à l’hôpital ni à la fac. Il y a eu par contre, des remarques considérées comme des blagues (« tu aimes manger du chien ? » Etc). A l’hôpital, même après 3 mois de stage, dans quasiment tous les stages, étant très souvent avec des co-externes asiatiques, on nous confondait souvent.
Encore aujourd’hui, je suis renfermée, j’ai du mal à aller vers les autres sauf les personnes que je connais bien, je suis souvent triste sans même savoir pourquoi, constamment anxieuse et je n’ai pas du tout confiance en moi. Ce racisme a laissé des profondes blessures indélébiles.
On ne parle pas assez du racisme anti-asiatique … Qui est pourtant bien présent dans notre société, et les remarques racistes sont considérées uniquement comme des blagues, « juste pour rire »; les mêmes clichés perdurent depuis des décennies : dociles, mangent du chien, hypersexualisation de la femme, riches avec beaucoup d’argent en espèces etc… Ce racisme est banalisé.
La « Yellow Fever » que subissent les femmes asiatiques est très humiliant, rabaissant et malheureusement fréquent. Nous sommes parfois considérées comme des objets sexuels, comme interchangeables, soumises, dociles. Les médias, et les films contribuent à entretenir ces clichés, ce fétichisme de la femme asiatique. Idem pour les hommes asiatiques considérés comme non virils.
Voici 2 articles sur la « Yellow Fever »
https://www.vice.com/fr/article/d3knbz/la-yellow-fever-nest-rien-dautre-quun-fetichisme-raciste
Malheureusement, le racisme anti-asiatique ne s’arrête pas aux violences verbales. Les préjugés racistes sont source d’agressions physiques fréquentes. Nous sommes encore vus comme des riches commerçants qui nous baladons avec beaucoup d’argent en espèces … Ce qui est faux…. Par exemple en Ile-de-France, il y a environ une agression tous les deux jours. Ces violences physiques sont dramatiques voire fatales : en 2016, Zhang Chaolin, un couturier chinois de 49 ans est décédé suite à une violente agression à Aubervilliers, il n’avait pas d’argent sur lui. Ces agressions racistes très fréquentes sont passées sous silence dans les médias.
Malheureusement, je ne peux m’empêcher de penser que si j’ai des enfants, ils subiront la même chose, et en souffriront, je ne pourrai pas les protéger du regard des autres, du manque de tolérance d’une partie de la société.
Peu importe nos origines, nos religions, notre culture, respectons nous les uns les autres, la diversité fait la force et la richesse de notre pays.
Voici une vidéo de Grace Ly sur Brut qui raconte les clichés sur les femmes asiatiques :
Une autre vidéo de Brut dans laquelle Daniel Tran, président de l’association des Jeunes Chinois de France, dénonce le racisme ordinaire :
Voici un article très intéressant de Sylvie Ung : »Déconstruire les blagues racistes sur les Asiatiques »
C’est un problème majeur dans notre société, je suis triste de voir que cela peut pousser une jeune fille à ce sentir rejetée. Tu ne peux pas protéger tes enfants du regards des autres, mais tu peux essayer de leur donner la confiance en eux nécessaire pour que cela ne les atteignent pas. Il faut être fier de qui l’on est et je pense que c’est une notion qu’il faut apprendre aux enfants très jeunes.
J’espère qu’aujourd’hui tu es fière de toi, toutes ces épreuves ont fait de toi une personne compatissante qui apporte du bien autour de soi.
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Merci beaucoup pour ce commentaire, qui me touche énormément ! Même si le racisme m’a profondément blessée et a laissé des cicatrices, ça m’a permis effectivement d’être celle que je suis aujourd’hui avec mes faiblesses mais aussi mes forces.
Merci Tina pour ces conseils !
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